Mot d’Esther Beauchemin
juin 2020 25

En ce 25 juin, ma traditionnelle lettre de fin de saison pour vous dire merci et vous souhaiter un bel été a une saveur bien particulière : c’est la dernière fois que je vous écris à titre de directrice artistique. La 40e saison de cette chère Vieille 17 aura été pour moi l’occasion de retrouvailles avec de vieux et estimés complices, de découvertes de nouveaux talents, et aussi, comme pour nous tous, source d’inquiétudes et de désappointements.

Amorcée sur les chapeaux de roue avec l’annonce de mon départ et celle de l’arrivée de Geneviève Pineault, la soirée Épaulettes et spray-net lançait joyeusement notre 40e saison : diffusion de Le cheval de bleu, notre émouvant spectacle bilingue français / langue des signes (LSQ) coproduit avec la compagnie montréalaise Voyageurs Immobiles, création de Un conte de l’apocalypse, le dernier texte de Robert Marinier, coproduit avec le Théâtre français du CNA et joué à guichets fermés à La Nouvelle Scène Gilles Desjardins à la fin janvier, puis brusquement, en février, suspension de nos activités.

 

La grève des enseignants en Ontario a d’abord empêché la tenue de l’activité théâtrale dans les écoles Les Haut-Parleurs, puis l’invisible ennemie COVID-19 nous a forcé à détricoter tout ce que nous avions tricoté pour la deuxième partie de notre 40e saison : une visite en territoire Wolastokiyik, au Nouveau-Brunswick, avec les artistes de notre prochaine création jeune public Delphine rêve toujours, de Dave Jenniss, l’annulation des représentations de L’écho de l’écume que nous devions accueillir conjointement avec Vox Théâtre, l’annulation de toutes les activités de notre programme Tassez-vous, on joue !, l’annulation d’une résidence de création des compagnies Voyageurs Immobiles (Montréal) et Inti Théâtre (Bruxelles), et finalement, l’annulation d’un laboratoire d’exploration autour du texte Mille et une femmes, de l’auteur camerounais Kouam Tawa.

 

Bien sûr, ces déceptions ne sont que quelques gouttes d’eau dans l’océan des bouleversements et des difficultés qui se posent et se poseront partout sur la planète et à tous les niveaux. Pourtant, au milieu des déceptions et des inquiétudes engendrées par la pandémie, une chose m’a chaudement réjoui le cœur : ce grand courant de solidarité dans le milieu théâtral et artistique, et chez le public. Au-delà de l’indispensable soutien de l’État, c’est cette fraternité entre les membres de notre communauté qui me permet d’y croire encore.

 

Chers artistes, chers partenaires et complices, merci pour votre irremplaçable contribution à nos créations Un conte de l’apocalypse et Delphine rêve toujours, et à la présentation de Le cheval de bleu. Merci pour votre engagement envers nos projets théâtraux dans la communauté Tassez-vous, on joue ! et Les Haut-Parleurs. Merci pour votre travail acharné et pour votre foi dans le théâtre de création.

 

Merci aussi à l’équipe qui a maintenu le cap, France, Marc-André et Charlotte. Si La Vieille 17 se porte aussi bien malgré la tempête, c’est en grande partie grâce à vous.

 

Bienvenue à Geneviève Pineault qui prendra bientôt la barre de la compagnie, et qui vous montrera d’autres étoiles et vous guidera vers d’autres horizons.

 

Merci de m’avoir fait l’honneur de votre complicité pendant ces quatorze palpitantes années.

 

Je ne les oublierai jamais.

 

Je ne vous oublierai jamais.

 

Esther Beauchemin

 

 

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